Visuel Demain, tous crétins ?

Les perturbateurs endocriniens altèrent le développement du cerveau des enfants

Déjà accessible sur le site internet d’Arte, le documentaire « Demain, tous crétins ? », diffusé à la télévision samedi 11 novembre, à 22h35, fait froid dans le dos en démontrant qu’il existe un lien entre les substances chimiques présentes chez nous et l’altération du développement du cerveau, en particulier celui des bébés et des enfants.

Pour bien comprendre ce lien il faut préalablement rappeler que les hormones thyroïdiennes sont essentielles au développement du cerveau. Preuve en est : un manque peut être cause de crétinisme, une maladie qui se traduit par une déficience mentale et un mauvais développement physique, une hypothyroïdie congénitale et une carence en iode étant les causes identifiées de la pathologie.

Ainsi, pour qui étudie les causes d’un développement anormal du cerveau, les carences en iode font figure de suspect. Mais le documentaire pointe également du doigt d’autres coupables potentiels : le brome, le chlore et le fluor, des substances chimiques qui ont la particularité d’avoir une structure très proche de celle de l’iode. « Une structure tellement proche qu’elles sont classées dans la même colonne du tableau périodique des éléments », rappellent Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade, les auteurs de l’enquête.

Brome, chlore et fluor en cause

Visuel 2 Demain, tous crétins ?Les scientifiques interrogés mentionnent de nombreuses études et résultats de recherche à charge contre ces substances si présentes dans notre quotidien. Les molécules chimiques fabriquées à partir de brome, de chlore et de fluor sont ainsi des perturbateurs endocriniens avérés. En pénétrant dans le corps, ils affectent le développement du cerveau des enfants, dès la conception et le développement in utero.

A titre d’exemple, des expérimentations sur l’animal et sur des cellules humaines ont permis de démontrer que les PCB, dérivés du chlore – interdits mais tellement persistants qu’on les trouve encore partout dans l’environnement, remontant la chaîne alimentaire pour terminer dans nos assiettes – agissent comme des hormones thyroïdiennes et peuvent altérer, de façon subtile, le développement du cerveau.

Les retardateurs de flamme, dérivés du chlore ou du brome qui sont aujourd’hui présents dans les téléviseurs, les ordinateurs, les téléphones mobiles ainsi que dans certains matelas et mousses de canapé mais qui étaient intégrés, dans les années 1970 aux Etats-Unis, à la production de pyjamas pour enfants (de façon à rassurer face à la peur du feu) perturbent le développement neurologique des enfants dont les mères ont été exposés à ce type de produit, en plus de modifier l’ADN des personnes en contact, pouvant ainsi être cause de cancers.

Baisse de QI et autisme

Réflexes anormaux chez les nouveaux nés, retards intellectuels perçus chez des enfants de 2 ans, baisse de QI d’enfants de 7 ans, problèmes d’attention, hausse des symptômes autistiques… Les résultats d’une étude menée en Californie sur les conséquences d’une exposition prolongées des mères aux pesticides sont saisissants.

Les auteurs du documentaire rappellent que, contrairement à ce que l’on peut penser, le placenta n’est pas une barrière étanche, que « nous baignons dans une véritable soupe chimique » et que, face aux constats d’une baisse de QI significative dans de nombreuses zones géographiques, « la liste des suspects ne cessent de s’allonger. »

Les équipes de Barbara Demeneix, biologiste (CNRS-Muséum national d’histoire naturelle) et spécialistes des perturbateurs endocriniens, ont testé de nombreuses molécules chimiques grâce à des têtards sentinelles qui ont la particularité de changer de couleur en fonction de la présence de polluants. Résultats : 65% des molécules testées perturbent le fonctionnement thyroïdien !

Barbara Demeneix est l’une des personnalités scientifiques interrogées par Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade. Elle est l’auteur d’un livre paru chez Odile Jacob le 25 octobre : Cocktail toxique. Comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau. A l’écouter, il y aurait une action facile à mettre en œuvre en attendant que les pouvoirs publics – notamment au niveau européen – prennent la mesure de l’urgence et agissent en conséquence : s’assurer que les femmes enceintes, en début de grossesse, aient suffisamment d’iode pour fabriquer des hormones thyroïdiennes pour elles-mêmes et leur bébé. « Et si l’iode, en saturant la thyroïde, se révélait aussi un rempart contre certaines attaques chimiques ? », interrogent les auteurs du documentaire, souhaitant garder une part d’optimisme.

Pour aller plus loin :
Le documentaire diffusé sur Arte.
Un article de France Info qui apporte des clés de compréhension.
Un article du Monde qui revient sur les tergiversations des députés européens.

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